Propos recueillis par Patrick Guillot, membre du Comité
de soutien.
- John, tu as été acquitté
le 1er février dernier par la Cour d’Assises de Genève.
Pourtant l’accusation ne t’a pas fait de cadeau…
- Le Procureur général Claudio Mascotto avait formulé
sept accusations: six de viol, une de tentative de viol. Sans d’ailleurs
les dater, puisque finalement ce sont des relations régulières
entretenues trois fois par semaines pendant dix-huit mois qui deviennent
un seul viol!
Imaginez que vous avez une compagne, et une relation normale avec elle:
un jour elle déclare que chaque moment d'intimité était
un viol. Vous ne pouvez quandmême pas faire signer une décharge
avant chaque rapport pour vous protéger, vous n'imaginez même
pas qu’une telle chose puisse arriver!
Chaque accusation du Procureur était amenée par un long
pensum dont les arguments tournaient autour de ma personnalité,
du contexte de cette relation affective qui était en cause. En
fait, faute d’éléments, il avait chargé sa
barque à déborder d’éléments contextuels
- faux par ailleurs.
Par exemple, le premier jour du procès il a commencé
son argumentation en me décrivant comme un gourou, donc forcément
suspect et coupable a priori. A force de méandres dans les questions
de personnalité, il arrivait insidieusement à conclure
que j’avais abusé de cette ex-amie. Je rappelle ici qu’il
s’agissait d’une relation de dix-huit mois, que nous n’habitions
pas ensemble, et que c’est elle qui a mis fin à notre histoire
en partant pour un autre.
Il a également soigneusement occulté nombre de faits
et témoignages à décharge, pourtant déjà
révélés à l’instruction, comme un
litige financier entre elle et moi. Ce litige a été le
point de départ puisque n’ayant pas pu aboutir aux Prud’hommes,
mon ex a alors construit cette fausse accusation de viol -ce dont personne
n’avait jamais entendu parler auparavant, même pas ses proches
et confidentes.
-Mais alors qu’est-ce qui a fait pencher
la balance en ta faveur ?
-La décision de justice a recadré complètement
l’affaire. Les faits ont primé, ainsi
que les nombreux témoignages - plus de quarante - et cela a permis
de clarifier et d’évacuer la confusion que le Procureur
avait volontairement entretenue pour arriver à ses fins.
Dans sa plaidoirie, il a tenté d’assimiler mon affaire
à deux autres où il était question de pédophilie
et d’abus sur adolescent. En fin du compte, il a révélé
sa manie de voir des agressions sexuelles partout, qui est bien celle
de l’époque. Je pense qu’il en a trop fait
et que son acharnement est apparu en toute lumière.
En une heure et demie de sa plaidoirie où le non-sens des arguments
et de ses fantasmes morbides le disputaient à la mauvaise foi,
on avait vraiment le sentiment qu’il avait parlé de quelqu’un
d’autre, d’un personnage construit de toutes pièces
sur les psychoses actuelles de notre société.
Les jurés ne se sont pas laissé prendre. Il ont répondu
un non clair et total sur tous les chefs d’accusation.
Ils ont tenu compte des faits: la personnalité de l’accusatrice
selon tous les témoins (y compris les siens), une battante qui
ne se laisse pas marcher sur les pieds, une personnalité gaie
et enthousiaste, volontaire, amoureuse, rayonnante. Tout le contraire
de son scénario de pauvre victime qu’elle avait endossé.
Ils ont pris en compte tous les témoignages qui la disaient
heureuse avec moi, libre, consentante. Ils ont cité les lettres
qu’elle m’avait écrite et que j’ai retrouvées
par hasard - elle croyait que je n’avais plus rien d’elle
et donc que je ne pourrais rien prouver - lettres très explicites
sur sa liberté de choix et son consentement amoureux. Ils ont
relevé le fait qu’elle avait échoué aux Prud’hommes
avant de mettre en place son accusation d’abus.
De tout cela il ressortait avec évidence qu’elle avait
eu le choix dans notre relation, qu’elle l’avait voulue
et appréciée, qu'il y avait eu des sentiments réciproques,
qu’elle avait les ressources psychologiques pour y renoncer si
elle ne lui avait pas convenue. L’acquittement prononcé
est total. Il n’y a pas de bénéfice du doute, car
il n'y a pas eu de doute.
- D’accord, mais cela tu le clames depuis
sept ans. Qu’est-ce que le procès a apporté de vraiment
nouveau?
- Plusieurs choses. D'abord, comme je viens de le dire, ces manipulations
du dossier et les tours de contorsionniste de l'accusation pour tenter
de le rendre crédible.
Par exemple au début de la première audience. Dans un
procès d'Assises la partie civile – l'accusatrice –
est entendue en premier. Son avocate a tenté une manoeuvre pour
m'exclure de cette audience. Elle a prétexté que sa cliente
était si traumatisée par moi qu'elle ne pourrait supporter
de me voir, même pas d'entendre ma respiration. Ce sont ses mots.
Elle voulait donc que je sois transféré dans une autre
salle pendant que sa cliente déposerait. Elle arguait que ma
présence n'était pas indispensable puisque je savais ce
qu'elle allait dire et qu'il n'y avait donc rien de nouveau que je doive
entendre pour y répondre par la suite.
On croyait rêver: l'accusé n'a pas besoin d'entendre ce
que l'accusatrice dit de lui. Mes avocats (Me Yaël Hayat, excellente,
intelligente et intuitive, et Me François Canonica, brillant
et très compétent, qui m'a défendu bénévolement)
se sont bien sûr élevés avec force contre cette
manipulation totalement illégitime. Le Président de la
Cour n'a pas accédé à cette demande. Il a simplement
accepté de me placer derrière un paravent. Je précise
que par la suite elle a été présente aux audiences
à deux bancs derrière moi sans paravent et sans en sembler
perturbée.
- Quel était le but de cette manoeuvre
?
- L'accusatrice avait probablement été coachée
en vue d'apitoyer le jury. Le dossier était si faible et contradictoire
qu'il n'y avait que sa parole pour tenter de gagner. Il fallait donc
qu'elle touche le jury et pour cela qu'elle ait tous les accents de
la sincérité. Le problème est que cette sincérité
valait aussi à mon égard. En mon absence elle aurait pu
tenir des propos invérifiables, mais en ma présence elle
devait aussi être sincère à mon égard pour
être crédible.
C'est ainsi qu'elle a fait deux déclarations ahurissantes: "Il
ne m'a pas violé, il ne m'a pas attaché au radiateur".
Et aussi, concernant le plaisir qu'elle avait dans nos rapports intimes:
"Je n'avais jamais connu cela, c'était le nirvana".
Alors où était le viol et la souffrance qu'elle avait
affirmé subir dans sa plainte initiale? Evaporés…
Tu connais beaucoup de femmes violées qui disent que c'était
le nirvana? Elle s'est prise à son propre piège. Le procès
a aussi révélé qui l'a aidée et soutenue
à construire sa fausse accusation: une amie qui avait
des comptes à régler avec les hommes et qui a
écrit un premier document pour, disait-elle, classifier les accusations
de la plaignante.
Or, interrogée, elle a reconnu avoir sélectionné
les propos, biaisant ainsi l'affaire dès le début. Ce
document a ensuite servi de référence, la boule de neige
était lancée, plus possible de l'arrêter.
Sa plus proche confidente, celle qui la côtoyait tous les jours,
avait déjà affirmé à l'instruction que l'accusatrice
était heureuse, libre et totalement désirante de notre
relation. A la barre elle a été plus loin. On a ainsi
appris que mon ex ne lui avait jamais révélé la
teneur de sa plainte. Elle l'a appris par la presse la veille du procès,
et là elle s'est rendu compte de l'incohérence de l'affaire.
Elle a été très ferme dans son témoignage,
ajoutant que l'accusatrice lui avait dit au début: "Je veux
juste être entendue, je vais retirer ma plainte"
- On a l’impression d’une hystérie
qui s’empare de plusieurs personnes ! Il y a d’autres exemples
?
- Oui, un médecin généraliste
qui se prend pour un psychiatre, ponte de la médecine des addictions,
avait fait une attestation gravement abusive qui a pesé lourd
dans le dossier. Son attestation reprenait à son compte
les affirmations de la plaignante comme s'il avait été
présent lors des faits.
C'est bien sûr une faute déontologique de base
et cela montrait à quel point elle a su pousser les gens à
la faute. Je l'avais dénoncé aux instances de sa profession,
et il a reçu une réprimande. Il l'a relaté à
la barre, ajoutant: "Je ne change pas un mot de mon attestation".
Ainsi il se mettait une nouvelle fois hors la loi, bravant ses pairs,
et confirmant son mépris total de sa propre déontologie.
Il avait sans doute une dent contre les naturopathes,
cela se sentait dans ses déclarations à l'instruction.
Et comme si cette arrogance ne suffisait pas, il se plaignait d'avoir
été dénoncé et me traitait de "quérulent
psychiatrique", soit quelqu'un qui fait des procédures par
trouble mental! Comment peut-il encore être autorisé
à pratiquer? Je pense que le procès à
révélé l'énorme gâchis de cette affaire
qui aurait pu et dû être arrêtée bien plus
vite si le travail de la justice avait été mené
avec rigueur et dignité.
- Sept ans de procédures et de souffrances
pour rien, donc. Est-ce que ce ne sont pas surtout les facteurs sociaux
et idéologiques qui expliquent un tel gâchis ?
En effet, sept ans où l'on s'est acharné à salir
ma vie et ma personnalité. Individuellement j'étais une
cible facile. Naturopathe, pionnier dans mon domaine, j'avais fait bouger
les lignes en me battant pour une meilleure reconnaissance des médecines
douces. Cela n'a pas dû plaire à certaines parties de l'establishment.
Je pense au corps médical en particulier. Et puis l'affaire du
Temple solaire est encore dans les mémoire. On m'a assimilé
au médecin fou Luc Jouret. Alors que toute ma philosophie et
ma pratique de vie sont à l'opposé de toute démarche
sectaire et de manipulation. On m'a collé une image préfabriquée.
Sur le plan social, mon cas n'a rien d'exceptionnel, même si
mon affaire est un peu un cas d'école tant elle est une compilation
des dérapages possibles. Depuis Dutroux les hommes sont
systématiquement suspectés. La moindre accusation
se transforme en certitude pour la justice. La philosophie judiciaire
semble être devenue: "Mieux vaut plein d'innocents en prison
qu'un coupable en liberté". L'inversion de la charge de
la preuve en est un symptôme majeur: dans les accusations comme
la mienne, la partie civile n'a rien à prouver, on la croit a
priori.
Cela est amplifié par toutes les campagnes et l'idéologie
de la mouvance féministe extrémiste. Les hommes sont des
brutes, les femmes des victimes. Sur ce thème, toute
dérive devient possible. Il ne faut plus chercher de rationalité,
l'émotion et les préjugés ont intoxiqué
la justice et une partie de l'opinion publique.
- Quel est ton état d’esprit aujourd’hui
? Celui d’un « gagnant » ?
- Celui d'une homme qui a passé et repassé sous un rouleau
compresseur sans savoir pourquoi. Ni gagnant ni perdant,
mais soulagé.
- Tout au long de cette épreuve, alors
que d’autres choisissent de faire profil bas, tu as opté
pour une attitude combative, publicisant l’affaire par ton livre
et attaquant publiquement les juges incompétents. Qu’en
penses-tu rétroactivement, et que conseilles-tu aux personnes
dans la même situation ?
- Quand un homme est accusé comme moi, il est coupable par principe.
Quoi qu'il fasse il aura toujours tort. Faites profil bas, et on vous
verra coupable. Défendez-vous, ce sera encore un signe de culpabilité.
Il n'y a ni issue ni attitude meilleure qu'une autre. Quand un juge
vous a pris en grippe, ne croyez surtout pas que votre révolte,
ou votre collaboration, vont le faire changer d'avis.
On est dans Kafka.
Tout sera toujours contre vous. C'est joué d'avance.
Je me sens justifié d'avoir fait front fermement et
ouvertement. Cela a peut-être aggravé mon cas
car je devenais un ennemi à abattre, et non seulement un coupable
idéal. Le Procureur a joué sur cette corde, décrivant
ma grève de la faim et de la soif en prison comme un chantage
et une manipulation. Il a lu des extraits de mon livre pour me salir
auprès des jurés femmes. En particulier il a cité
comme particulièrement agressif de ma part le surnom que j'ai
donné dans mon livre à la première juge d'instruction:
Naf-Naf. En fait quand il a cité ce surnom les jurés ont
éclaté de rire! C'était raté pour lui. On
sentait tellement sa volonté d'en faire trop et de m'abattre
par tous les moyens. Donc en résumé, quelle que soit notre
attitude elle sera toujours tournée contre nous
N'attendez aucun espoir de la justice pendant l'instruction. Ne rêvez
pas: vous avez des ennemis sans pitié en face de vous,
des prédateurs. Battez-vous.
Mais chacun fait avec sa nature, ses moyens, et selon les circonstances.
Je ne peux encourager à faire comme moi, mais je pense
que plus il y aura d'hommes qui dénonceront cette justice misandre
et cette hystérie anti-hommes,
plus il y a de chances que cela change un jour.
- Tu es libéré de ce poids, maintenant.
Comment envisages-tu ta vie professionnelle, ta vie personnelle ?
- La priorité est de me retrouver en moi-même. Il y a
pas mal à réparer. Mais je ne suis pas aigri ni amer.
Je fais la part des choses. Professionnellement je ne sais pas comment
je vais m'en relever. Mais il le faudra bien. Et après tout cela,
j'ai aussi besoin de recul sur ma vie. Je vais écrire davantage
et communiquer mon expérience de cette manière
- Comment, enfin, cela va-t-il influer sur ton
engagement hoministe ?
- Je vais développer de nouveaux projets: coaching, soutien
aux personnes accusées à tort. Et j'ai un projet de site
international sur les fausses accusations pour lequel je cherche
des financements. Je reste engagé car au-delà de mon cas
personnel, la misandrie, le déni des pères, les fausses
accusations, font partie d'une offensive visant à démolir
les hommes dans notre société. Je soutiendrai
toujours les femmes contre l'injustice, mais je pense qu'il faut sérieusement
s'occuper des hommes. C'est tout un équilibre social,
éducatif et philosophique qui en dépend.